Du fil à retordre 2007
De la peinture, des portraits...
La démarche artistique de Laurence Drapeau va bien au-delà de l'image conventionnelle véhiculée par ces mots.
L'artiste tord le cou aux règles académiques. Sa démarche est autre, novatrice, décalée.
En témoignent les séries présentée ici :
Fil conducteur 2005 et A deux 2007.
Issues des Ouvrages de Dame, une " saga" débutée en 1997, il y a dix ans tout juste, ces deux séries récentes, dévoilées pour la première fois, constituent deux nouveaux chapitres d'une histoire qui se construit jour après jour...
Fil conducteur série 35 : c'est avant tout une série de 23 portraits, tous des proches de l'artiste, " mes VIP personnels ".
Même format, même pose : chaque personnage est peint debout, mains dans les poches, regard vers le ciel. Du ventre de chacun, des fils reprennant la couleur du vêtement s'enroulent dans un incroyable tourbillon ( de vie ? ).
Des fils encore, sur le visage cette fois, s'échappent comme une élévation. Les traits sont en partie masqués, mais chaque personnage demeure reconnaissable, même si ce n'est pas l'essentiel.
La force du regard, la pose statique de ces corps comme découpés sur un fond de motifs argent ou or font de ces portraits de gens ordinaires de véritables icônes.
La série est complétée par deux autres toiles, Groupe 1 et Groupe 2 qui font la synthèse de tous ces personnages. Portraits de groupe dont les traits ont été gommés. Seules les silhouettes- certes reconnaissables - se détachent sur fond doré.
Et toujours ces enchevêtrements de fils : ils constituent peut-être le lien entre les membres d'une même tribu jusqu'alors séparés dans leur format, et rassemblés ici en une grande ( sainte ? ) famille !
A deux série 40 : Laurence Drapeau réunit des couples ( amants ? amis ? ). Les deux posent en buste.
Les couleurs tout comme les motifs du décor et des vêtements forment un contraste saisissant avec les visages dont on ne perçoit plus que les contours. Désormais, les traits ont totalement disparu, masqués par des entrelacs / gribouillis de fil noir .
L'identification des modèles s'avère alors impossible . elle est aussi devenue superflue.
Isabelle Doat . L'Art à l'Ouest n° 6 été 2007
Ouvrages de Dame 2007
Laurence Drapeau aurait pu être styliste de mode.
Mais elle a préféré la peinture pour habiller, voire parfois déshabiller ses modèles...Coloriste de talent, elle croque ceux qui l'entourent, s'amuse des contrastes, brouille les pistes, à la recherche de nouvelles surprises picturales. Rencontre.
Ouvrages de Dame.
C'est sous ce titre générique, sorte de fil rouge, que Laurence Drapeau, peintre installée au Château d'Olonne, à l'ombre de l'abbaye Saint Jean d'Orbestier, rassemble ses oeuvres depuis 1997. Formée aux Arts Plastiques de Rennes, elle pioche volontiers dans les pages de modes des magazines féminins pour nourrir son inspiration. Puis, sur la toile qu'elle travaille à l'envers pour tirer profit de l'aspect brut de la peau, elle dessine, détourne, peint, colore, tricote, coud, habille et déshabille les corps et les visages. Artiste résolument contemporaine, elle reste farouchement fidèle aux thèmes essentiels de l'histoire de l'art comme le portrait, et à son médium favori depuis toujours, la peinture.
Ses Ouvrages de Dame comptent à ce jour 46 séries. Et, à l'image d'un roman, chacune d'entre- elles est un nouveau chapitre, dans la continuité du précédent. Laurence Drapeau nous raconte, non sans humour, une histoire ou des histoires, la sienne ou peut-être celle de ses personnages. Famille, amis ... Ses modèles sont pour la plupart des proches... Parceque tout simplement elles les a " sous la main ". Tous, en tout cas, semblent former une tranquille et sympatique tribu.
" Je travaille toujours par séries, plus ou moins longues, plus ou moins complètes. Cela permet de développer et de s'amuser. Une série va nourrir celle qui suit, mais souvent par son contraire." confit-elle. Sans se soucier de la performance technique, l'artiste s'attache à la composition et aux couleurs. Par le travail graphique et coloré des vêtements et des arrière-plans, la peinture occupe tout l'espace, joue avec les contrastes.
Et à la peinture, Laurence Drapeau associe depuis quelques séries le fil, l'essence même du vêtement. Simple ajout de couleur dans la série des portraits-icônes réalisée en 2005 Fils conducteurs, il dissimule les trais du visage, prolonge hors champ le regard, et forme une sorte d'entrelac aux couleurs du vêtement couvrant le ventre du personnage.
" Cérébral et viscéral, le fil devient alors métaphore de l'intérieur et le d'extérieur . "explique l'artiste.
A l'inverse, dans la série " A deux " 2007,c'est le fil qui, de façon aléatoire et plus ou moins contrôlée, forme ou plutôt barbouille, gribouille les visages des modèles renvoyant ces derniers à l'anonymat, sorte de "tentative manquée d'identification ".
" Ce qui m'intéresse dans le fil, c'est qu'il permet de faire de la couleur. C'est lui aussi qui fait le textile et le dessin. Mais il a également un rôle énigmatique lorsqu'il sort du format. Je ne sais jamais ce que ça va donner. Le fil vit sa vie. Il y a une sorte d'aléatoire contrôlé qui va provoquer la surprise. C'est un peu magique. Il faut qu'il y ait des surprises quand je peins, sinon, je m'ennuie très vite."
Des surprises, l'artiste en réserve dans sa toute nouvelle série de faux portraits baptiséeContrefaçons
de l'année 2008 ...
Séverine Le Bourhis - Magazine Découverte 2007
La mariée mise à nu 2004
Comment qualifier, sans les décrire chacune, les peintures de Laurence Drapeau? Je dirais que ce sont en quelque sorte des ready-made qu'elle a glané sur les plages des magazines féminins depuis de nombreuses années.
Dans son atelier, Laurence trace, coupe, confectionne, essaye, retouche. Si ces termes sont bien ceux de la couture, ceux sont aussi ceux qui conviennent à ses peintures...
Dérober des images de la mode, phagocyter ces corps d'élite, épingler les modèle, prendre les patrons en otage - avec ou sans motif - et les découper suivant les pointillés pour dévoiler - jusqu'à la peau - les dessous du prêt à porter... et toujours sur le métier cent fois remettre l'ouvrage...
Jean-Claude Artaud, artiste
Trois séries : Les Raccords 20, Les Trophées 21, Les reliques 22
Les Raccords - série 20 - 2002
Les Raccords de Laurence DRapeau raboutent par le milieu, dans le sens de la hauteur, le corps d'un mannequin aux formes idéales en maillot. Il n'est pas indifférent de constater que ce corps acéphale, taillé dans les photographies des magazines, ne répond qu'à sa propre apparence : les artifices de la pose, bras, hanches et mains posées ou serrées n'en n'ont que plus de présence.
Ici encore, les ondes et les imprimés du tissu tranchent sur les chairs parfois éteintes, comme des flaques autonomes de décor, sans rapport avec ce qui l'habille.
De facto, Les Raccords sont des anamorphoses, des raccourcis zippés ( Barnett Newman perdu dans une boutique de mode ? ) de figures désincarnées.
Les Trophées - Série 22 - 2002
Les Trophées sont les vêtements de l'artiste, abandonnés en tas sur le sol : vêtements légers, près du corps, dont les couleurs vives, des imprimés géométriques ou floraux, composent une mosaïque.
Celle-ci tranche sur la matérialité de la toile écrue, comma autrefois Jean-Louis David portraiturait ses modèles, avec un luxe de raffinement pour les visages et les habits sur un fond uni, quasi monacal.
Les Trophées installent l'objet pour ce qu'il est avec, malgré son abandon, une vie. L'accident de sa chute ravive les mouvements ondulatoires, les plans sur plans, tout ce qui fait l'intime. Mais avec cet aspect tournoyant, centré sur un plan carré, Laurence Drapeau crée des "néo-formes", étudiant son histoire personnelle comme les peint, par exemple, Isabelle Champion-Métadier.
Il y a bien glissement d'un réel bien connu à autre chose de plus énigmatique.
Les Reliques - série 22 - 2002
Les Reliques ressortent de la figure et du plan : la figure avec des vêtements aux couleurs chatoyantes, pantelants, sixties en diable pendus à leur clou ; le plan avec le papier peint , gris, aux guirlandes végétales.
Au delà de la nature morte - des trompe l'oeil du XVIIe aux intérieurs acidulés de Wesselman- l'effet d'abstraction obtenu atteint une étrangeté certaine.
La vie momentanément suspendue de ces vêtements ne demande qu'à être séparée du mur.
Le pouvoir de ces oripeaux féminins, de ces fétiches, est intact, émouvant.
Benoît Decron