Boys and Girls 2015




"Une fille et un garçon..." on connaît la chanson!
Méfions nous pourtant des "Boys and Girls" de Laurence Drapeau.
Dans l'étrange silence de "l'arène" que constituent ses oeuvres peintes (ou dessinées), de drôles de jeux se déroulent.
Des filles et des garçons, certes. mais ici, pour un autres type de débat sur le "genre".
Celui de l'hybridation:"corps -plante", "corps -paysage".
Celui de l'anthropophagie : Qui mange quoi ? Qui mange qui ?
Dans cette sorte de Cluedo, il nous faut chercher des indices dans les détails parfois les plus ténus, comme une empreinte humide sur le carrelage d'une piscine qui disparaîtra trop vite sous l'ardeur du soleil.
La perspicacité requise devient vite un jeu de la société du "Je" pour qu'advienne le spectateur-acteur.

Jean-Claude Artaud, artiste Août 2015

Boys and Girls Production - Contrechamp - La Chardière 2015

Il y a quelques mois, Philippe R. propose à Laurence D. d'exposer à "La Chardière Saint Jean", Chantonnay, Vendée.
L'homme est charmant, très cultivé, amateur éclairé d'art et de littérature.
La lieu est vaste, fonctionnel, superbe.
Oui, elle veut bien, en sera ravie et honorée.
Quelques temps auparavant, Laurence avait commencé une nouvelle série de peintures, la 58 ème des Ouvrages de Dame, titre générique de son travail depuis 17 ans.
Une idée s'impose (comment ces séries naissent-elles ?) parceque l'air du temps, l'air de rien,l'idée, ça saute aux yeux et que bien sûr elle était déjà là depuis longtemps, blablabla... Boys and Girls!
Il y a des garçons et des filles, des objets, des espaces, de la peinture, des tissus, du petit et du grand, de la couleur.
Elle veut de la diversité et de la cohérence dans ce qui vient. Du léger et du grave mélangés, comme d'habitude, quoi.
Selon l'usage, l'artiste invité peut à son tour convier un autre artiste à partager les lieux. Laurence propose à Jean-Claude A. de tenter l'expérience: elle lui soumet l'idée sur laquelle elle travaille déjà.
Perplexe, il réfléchit (un peu) et lui dit : oui madame, avec plaisir !
Ils ont déjà exposé ensemble en Juin 2003 à La Roche sur Yon. A l'époque, c'était lui qui l'avait invitée à partager l'espace d'un jardin d'une maison de femmes en transit, sorte de sas de repos intermédiaire. Il avait alors fait une installation de petites cabanes à habiller. Elle avait montré des peintures de corps marqués comme des patrons de couture.
Afin de répondre à leur nouveau projet de collaboration, il réalisera des petits croquis précis comme des pièces d'horlogerie, méticuleux et appliqués, dans des carnets, bien rangés. On se tel, se mail, se phone. On se voit, il faut sortir de sa tanière, expliquer (un peu), s'accorder en finesse. Il construit, fabrique des instruments d'une vraie fiction, de la belle histoire rock montée de toute pièce :
CUPIDON, the Noise of Broken Heart.

De l'ampli "Gender" au tapis agité des "Cuts", de la pédale d'effets "Bad News" (type Cry Baby), aux "Ex-votos" (avec variantes de couleurs de peaux), la Maison de Production BOYS and GIRLS fait le lien et déroule la ligne accidentée des sentiments.
" Toutes les filles pleurent" mais "Boys don't cry", rien n'est sûr mais tout est possible.
Même dans le mystère des piscines, des drames chlorés se tissent sous l'éblouissement solaire.
Aquatiques et énigmatiques.

A l'affiche, donc : "Boys and Girls" (peintures) par Laurence D.(included Swimming Pools, Cuts, Ex-votos, Enfin seuls) / CUPIDON, the Noise of Broken Heart par Antonin II (Artaud): installation sculpturale et sonore, avec produits dérivés.

- On a bien travaillé, madame ?

Laurence Drapeau - Août 2015

Texte de Bernard Philippeaux 2013

Je connais Laurence Drapeau, et sa pratique de la peinture depuis plusieurs années.
Cete artiste peut donner une image trompeuse d'elle-même, comme sa peinture peut l'être.
Apparemment, son sujet principal est l'être vivant, homme, femme, enfant, parfois animal avec son truc en plume, comme Zizi qui fût d'abord petit rat.
Laurence devient meneuse de sa mise en scène, qu'elle habille ,dedans, dehors, pas forcément pour sauver les apparences, ou alors de la "commedia dell'arte personnage".
Laurence Drapeau, ou L. Drap, drape ses peintures, ses personnages, dedans, dehors, c'est de la danse qu'elle interprête, comme un toréador, le rituel n'est pas fini, l'animal peut s'en sortir vainqueur, pas comme certaines de ses peintures, où c'est l'oiseau qui y laisse ses plumes comme des lettres mortes, ou plumes de danseuses dedans, habillées dehors.
Laurence tire le drap pour ses personnages plus ou moins habités. Personnages drapés à la mode, à la mode de quand ? d'aujourd'hui, d'hier, de demain.
On se retrouve dedans dehors, puisque la mode est toujours à la mode.
L'art dans ce monde actuel, où tout est cousu de fil blanc, tout est confusion, où le marché vénère l'art numéraire, et passera par l'art de rien, pour devenir l'art funéraire, tous les coups sont permis.
Laurence, pour sa peinture, a bien raison de prendre toutes les libertés qui lui sont offertes, même si cela n'est plus à la mode.

Bernard Philippeaux - 18 janvier 2013

Texte de Marielle Ernould - Gandouet à propos de la série Dress Code 2013

Instants captés sur une vision approchée, qui s'impose, sur des corps jeunes et beaux, sur leurs habits de fête, sur les arabesques des tissus, sur les couleurs gaies.
Instants de vie devant un espace abstrait...

A la seconde lecture, surgissent des manquements troublants - les têtes sont absentes, ou tronquées -
sur des rapprochements bizarres - les rubans gracieux d'un joli caraco, évoquant soudain les noeuds d'une camisole de force . Surgissent des ajouts inquiétants - le filet du même rouge que la robe vaporeuse, trace au poignet d'un bras gracile - surviennent des mimétismes inquiétants - la cuillère de "smarties" turquoise approchée des lèvres d'une belle placée dans un univers du même turquoise. Et, comme une parure, il y a ces aiguilles, ces épines, ces liens, faits pour blesser, empêcher. Comme ceux enserrant les poignets d'une jeune femme tournant le dos à notre regard, comme ces Vénitiens de Tiepolo, tournés vers un invisible "Nouveau Monde", que l'une, pas plus que les autres n'atteindront jamais.

Avec cette série baptisée "Dress code" - " look de l'emploi oblige"-, Laurence Drapeau poursuit ses "Ouvrages de Dame", commencés en 1997, réflexion sur le féminité, établie à l'aide d'images rencontrées, tirées du monde actuel. A partir de là, elle compose un scénario, monde en aplat. Les détails du tissu, de la parure, de ces séductions faites pour tromper, touchent le corps, en font partie, comme la peinture de Laurence Drapeau, étendue en couches minces sur une toile libre accrochée au mur puis clouée sur le chassis, semble faire partie de son support.

Dans cet univers à la simplicité apparente, où les détails insistants sont là pour tromper, les yeux deviennent absents, les visages se défonts, le futur de ces être s'enfuit "tout doucement, sans faire de bruit" disait Prévert. L'art de Laurence Drapeau, avec sa séduction cruelle, offre une mise en retrait notable de l'écriture. Stendhal pratiquait cette retenue pour évoquer la braise déchirant les coeurs.

Maqrielle Ernould - Gandout

Texte de Sophie Dugast 2013

Fil, fil-à-fil, filament, filigrane, filiation.

Laurence Drapeau, depuis bientôt quize ans, coupe et découpe des patworks de vie. Tissages, tissus filandreux sur géométrie humaine. Elle brode sur la quête d'identité. Sur le Moi soluble. Sur les mues et les dépouilles. Elle traque les postures, les poses, les artifices et les masques dans les jeux d'apparence/ d'appartenance de notre société stéréotypée.
Elle suture sans pitié les destins sur les visages, des corps enlacés, mêlés, masqués, biffés, couturés. Elle momifie leurs présences, leurs codes et leurs transgressions en gommant leurs traits, en brouillant leurs identités pour souligner l'absurdité de ces modèles déposés.

Laurence Drapeau est féroce.

Elle appuie sans cesse sur nos failles et nos fêlures.

Laurence Drapeau est joueuse.

Elle s'amuse de l'interprétation narrative que ses toiles engendrent.

Laurence Drapeau est pudique.

Elle en découd avec son propre kaléïdoscope du caché-dévoilé.
Toujours en retrait, toujours hors cadre, avec un léger pas de côté, elle porte un regard aiguïsé, amusé, désabusé sur ses pairs. Elle ne croit plus, la belle Laurence, aux contes de fées. Réalité ? Fiction ?
En joute avec le syndrome du miroir, ö mon beau miroir, Laurence Drapeau a bien compris que l'humain était une équation soluble et ... elle retient le fil.

Sophie Dugast

Du fil à retordre 2007 Isabelle Doat

De la peinture, des portraits...
La démarche artistique de Laurence Drapeau va bien au-delà de l'image conventionnelle véhiculée par ces mots.
L'artiste tord le cou aux règles académiques. Sa démarche est autre, novatrice, décalée.
En témoignent les séries présentée ici :
Fil conducteur 2005 et A deux 2007.

Issues des Ouvrages de Dame, une " saga" débutée en 1997, il y a dix ans tout juste, ces deux séries récentes, dévoilées pour la première fois, constituent deux nouveaux chapitres d'une histoire qui se construit jour après jour...

Fil conducteur série 35 : c'est avant tout une série de 23 portraits, tous des proches de l'artiste, " mes VIP personnels ".
Même format, même pose : chaque personnage est peint debout, mains dans les poches, regard vers le ciel. Du ventre de chacun, des fils reprennant la couleur du vêtement s'enroulent dans un incroyable tourbillon ( de vie ? ).
Des fils encore, sur le visage cette fois, s'échappent comme une élévation. Les traits sont en partie masqués, mais chaque personnage demeure reconnaissable, même si ce n'est pas l'essentiel.
La force du regard, la pose statique de ces corps comme découpés sur un fond de motifs argent ou or font de ces portraits de gens ordinaires de véritables icônes.
La série est complétée par deux autres toiles, Groupe 1 et Groupe 2 qui font la synthèse de tous ces personnages. Portraits de groupe dont les traits ont été gommés. Seules les silhouettes- certes reconnaissables - se détachent sur fond doré.
Et toujours ces enchevêtrements de fils : ils constituent peut-être le lien entre les membres d'une même tribu jusqu'alors séparés dans leur format, et rassemblés ici en une grande ( sainte ? ) famille !

A deux série 40 : Laurence Drapeau réunit des couples ( amants ? amis ? ). Les deux posent en buste.
Les couleurs tout comme les motifs du décor et des vêtements forment un contraste saisissant avec les visages dont on ne perçoit plus que les contours. Désormais, les traits ont totalement disparu, masqués par des entrelacs / gribouillis de fil noir .
L'identification des modèles s'avère alors impossible . elle est aussi devenue superflue.

Isabelle Doat . L'Art à l'Ouest n° 6 été 2007

Ouvrages de Dame 2007 Séverine Le Bourhis

Laurence Drapeau aurait pu être styliste de mode.
Mais elle a préféré la peinture pour habiller, voire parfois déshabiller ses modèles...Coloriste de talent, elle croque ceux qui l'entourent, s'amuse des contrastes, brouille les pistes, à la recherche de nouvelles surprises picturales. Rencontre.

Ouvrages de Dame.
C'est sous ce titre générique, sorte de fil rouge, que Laurence Drapeau, peintre installée au Château d'Olonne, à l'ombre de l'abbaye Saint Jean d'Orbestier, rassemble ses oeuvres depuis 1997. Formée aux Arts Plastiques de Rennes, elle pioche volontiers dans les pages de modes des magazines féminins pour nourrir son inspiration. Puis, sur la toile qu'elle travaille à l'envers pour tirer profit de l'aspect brut de la peau, elle dessine, détourne, peint, colore, tricote, coud, habille et déshabille les corps et les visages. Artiste résolument contemporaine, elle reste farouchement fidèle aux thèmes essentiels de l'histoire de l'art comme le portrait, et à son médium favori depuis toujours, la peinture.

Ses Ouvrages de Dame comptent à ce jour 46 séries. Et, à l'image d'un roman, chacune d'entre- elles est un nouveau chapitre, dans la continuité du précédent. Laurence Drapeau nous raconte, non sans humour, une histoire ou des histoires, la sienne ou peut-être celle de ses personnages. Famille, amis ... Ses modèles sont pour la plupart des proches... Parceque tout simplement elles les a " sous la main ". Tous, en tout cas, semblent former une tranquille et sympatique tribu.

" Je travaille toujours par séries, plus ou moins longues, plus ou moins complètes. Cela permet de développer et de s'amuser. Une série va nourrir celle qui suit, mais souvent par son contraire." confit-elle. Sans se soucier de la performance technique, l'artiste s'attache à la composition et aux couleurs. Par le travail graphique et coloré des vêtements et des arrière-plans, la peinture occupe tout l'espace, joue avec les contrastes.

Et à la peinture, Laurence Drapeau associe depuis quelques séries le fil, l'essence même du vêtement. Simple ajout de couleur dans la série des portraits-icônes réalisée en 2005 Fils conducteurs, il dissimule les trais du visage, prolonge hors champ le regard, et forme une sorte d'entrelac aux couleurs du vêtement couvrant le ventre du personnage.
" Cérébral et viscéral, le fil devient alors métaphore de l'intérieur et le d'extérieur . "explique l'artiste.

A l'inverse, dans la série " A deux " 2007,c'est le fil qui, de façon aléatoire et plus ou moins contrôlée, forme ou plutôt barbouille, gribouille les visages des modèles renvoyant ces derniers à l'anonymat, sorte de "tentative manquée d'identification ".

" Ce qui m'intéresse dans le fil, c'est qu'il permet de faire de la couleur. C'est lui aussi qui fait le textile et le dessin. Mais il a également un rôle énigmatique lorsqu'il sort du format. Je ne sais jamais ce que ça va donner. Le fil vit sa vie. Il y a une sorte d'aléatoire contrôlé qui va provoquer la surprise. C'est un peu magique. Il faut qu'il y ait des surprises quand je peins, sinon, je m'ennuie très vite."

Des surprises, l'artiste en réserve dans sa toute nouvelle série de faux portraits baptiséeContrefaçons
de l'année 2008 ...

Séverine Le Bourhis - Magazine Découverte 2007

La mariée mise à nu 2004 Jean - Claude Artaud

Comment qualifier, sans les décrire chacune, les peintures de Laurence Drapeau? Je dirais que ce sont en quelque sorte des ready-made qu'elle a glané sur les plages des magazines féminins depuis de nombreuses années.
Dans son atelier, Laurence trace, coupe, confectionne, essaye, retouche. Si ces termes sont bien ceux de la couture, ceux sont aussi ceux qui conviennent à ses peintures...

Dérober des images de la mode, phagocyter ces corps d'élite, épingler les modèle, prendre les patrons en otage - avec ou sans motif - et les découper suivant les pointillés pour dévoiler - jusqu'à la peau - les dessous du prêt à porter... et toujours sur le métier cent fois remettre l'ouvrage...

Jean-Claude Artaud, artiste